L'inncontinence urinaire chez la sportive :
Souvent associée, à tort, à un périnée « faible », chez de nombreuses femmes pratiquant la course à pied, le CrossFit ou d’autres sports à impacts, le problème est parfois inverse : un périnée hypertonique, trop contracté et peu capable de s’adapter à l’effort.
Incontinence à l’effort : définition et situations à risque
L’incontinence urinaire à l’effort correspond à une fuite involontaire d’urine lors d’une augmentation de la pression abdominale, notamment pendant :
- la course à pied
- les sauts et exercices pliométriques
- les charges lourdes (burpees, box jump, soulevé de terre)
- la toux ou l’éternuement
Chez la sportive, la prévalence est élevée : 30 à 45 % des femmes sportives, et jusqu’à 80 % dans certains sports à impacts élevés (Bø et al., 2017).
Ces fuites peuvent survenir sans grossesse ni accouchement, parfois dès les premières années de pratique intensive.
Périnée hypertonique chez la sportive : comprendre le mécanisme
Pendant longtemps, la prise en charge reposait sur une équation simplifiée : fuite urinaire = périnée faible = renforcement
Or, les données scientifiques et l’expérience clinique montrent que le tonus n’est pas synonyme de fonction.
Un périnée hypertonique est caractérisé par :
- une contraction quasi permanente
- une difficulté à se relâcher
- une mauvaise coordination avec le diaphragme et les muscles abdominaux
Pourquoi un périnée trop tonique peut entraîner des fuites ?
Lors d’un effort à impact :
- la pression intra-abdominale augmente
- le périnée, déjà contracté, ne peut pas absorber ni redistribuer la charge
- la pression est transmise vers le bas
fuite urinaire à l’effort
Il ne s’agit donc pas d’un manque de force, mais d’un défaut d’adaptation.

Signes évocateurs d’un périnée hypertonique
Chez la sportive, un périnée hypertonique peut s’accompagner de :
- difficulté à relâcher le périnée
- douleurs pelviennes ou lombaires basses
- constipation
- douleurs lors des rapports
- respiration haute, peu mobile ou bloquée
Quelle prise en charge pour l’incontinence à l’effort chez la sportive ?
Rééducation périnéale chez la kinésithérapeute
La prise en charge débute par un bilan périnéal individualisé, évaluant :
- le tonus périnéal au repos
- la capacité de relâchement
- la respiration
- la coordination périnée–diaphragme–mouvement
- les contraintes spécifiques du sport pratiqué
Chez les sportives présentant un périnée hypertonique, l’objectif initial est souvent d
e diminuer l’hypertonie, grâce à :
- un travail de respiration diaphragmatique
- des techniques de relâchement périnéal
- une réintégration progressive du périnée dans le mouvement
Le renforcement n’est introduit que secondairement, de façon fonctionnelle, en lien avec la course, les sauts ou le port de charge.
Le rôle de l’ostéopathie dans l’incontinence à l’effort de la sportive
L’ostéopathie s’intègre pleinement dans la prise en charge de l’incontinence à l’effo
rt chez la sportive, en complément de la rééducation périnéale.
Chez ces patientes, on retrouve fréquemment :
- une respiration haute ou bloquée
- des tensions du diaphragme
- une diminution de la mobilité du bassin et de la colonne lombaire
Le travail ostéopathique vise à :
- restaurer la mobilité du bassin et du rachis lombaire
- améliorer la mobilité diaphragmatique
- diminuer les tensions abdominales et pelviennes
En améliorant la mobilité et la respiration, l’ostéopathie permet au périnée de retrouver une capacité d’adaptation, indispensable pour gérer les pressions liées à l’effort sportif.
Adapter la pratique sportive pour limiter les fuites urinaires
La prise en charge inclut souvent une adaptation temporaire de l’entraînement :
- modulation des impacts
- réduction des apnées respiratoires
- diminution du gainage excessif
- progression des charges et des volumes
L’objectif n’est pas l’arrêt du sport, mais une reprise plus efficiente et durable.
Les fuites urinaires à l’effort chez la sportive ne sont ni normales, ni une fatalité.
Un périnée trop tonique peut être aussi dysfonctionnel qu’un périnée trop faible.
Une prise en charge individualisée et pluridisciplinaire (kinésithérapie périnéale et ostéopathie) permet, dans la majorité des cas, une amélioration significative et une reprise sportive sereine.
Sources scientifiques et professionnelles
- Bø K. et al., 2017 – British Journal of Sports Medicine
- Nygaard I. et al., 2015 – Obstetrics & Gynecology
- Dumoulin C. et al., 2018 – Cochrane Database of Systematic Reviews
- Women in Progress® – Rééducation périnéale et sport
- Julie Can– Périnée® – Périnée, sport et hypertoni